Le 5e volume (paru en 1971 et traduit en langue allemande par Karl Josef Minst) du Codex de Lorsch, un manuscrit comportant le cartulaire de l’ancienne abbaye princière de Lorsch (Laurissa, Land de Hesse) et conservé aux archives de l’Etat  de Bavière, contient le texte suivant de l’acte  3032 du 2 juin 775 (reg. 1182) concernant une donation d’Helmerich à Sonlez, sous l’abbé Gundeland et le roi Charles:

„In Gottes Namen, und zum Heile meiner Seele will ich, Helmerich, dem heiligen Martyrer N(azarius) eine Gabe zueignen. Der Leib des Heiligen ruht im Lorscher Kloster, dessen leitender Abt der ehrwürdige Gundeland ist. Ich wünsche meiner Vergabung ewigen Bestand und erkläre, dass sie auf meinem vollkommen freien Willen beruht. Ich schenke im Gau Erdehe im Dorf Sonenlar einen Herrenhof mit jeglichem darauf errichteten Bauwerk und alles, was ich dort bisher an Hofreiten, Wiesen, Wäldern, Gewässern, Wohnhäusern und Wirtschaftsbauten besessen habe. In ähnlicher Weise übergebe ich in demselben Gau, in den Dörfern Waltrungen, Dorenlar, Berenburstorph, Iaghine und Folcodingen, ferner im Dorf

Clutzarada am Flusse Mosela alles, was ich bisher in diesen Ortschaften an Äckern, Weingärten, Wohnhäusern, landwirtschaftlichen Bauten, Leibeigenen, Hofreiten, Wiesen, Wäldern und Gewässern besessen habe. Ich schenke, übergebe und übertrage alles mit Wirkung vom gegenwärtigen Tag aus meinem Besitzrecht in das Eigentums- und Herrenrecht des Hl. N (aearius). Vertragsabschluss. Geschehen im Lorscher Kloster am 2. Juni im 7. Jahr des Königs Karl. »

(Gau Erdehe = province des Ardennes; Sonenlar = Sonlez; Waltringen = Walter, Watrange; Dorenlar = Durler près de Malmédy; Berenburstorph = Birendorf près de Bitburg, ou Bursdorf près de Mompach; Iaghine = Gegen près de Bitburg; Folcodingen= Folkendingen; Clutzarada = Klüsserath)

Schleif

On peut en déduire que Sonlez est la plus vieille localité de la commune de Winseler à être attestée par des documents: il s’agissait d’un habitat franc. Le donateur Helmerich était un Franc exerçant entre 778 et 784 la fonction d’abbé à l’abbaye de Lorsch.

Nous ignorons comment la localité de Sonlez est ensuite passée des mains de Lorsch à  d’autres propriétaires ou administrateurs,  car nous ne disposons que de documents du 14e siècle, comme p.ex. celui dont il ressort que Henri d’Orley, « sire de Beaufort, chevalier prévôt d’Ardenne » annonçait le 8 août 1399 que Hervis, dit Crapeymont, alias Craparmont, prieur des «Scheelrr» de Houffalize, avait racheté la dîme de Sonlez à la dame Nicolle, veuve de Henri Lalman, et à ses enfants Gérard Lalman, curé de Sonlez, et Thierry.

D’autres éclaircissements sur le passé de Sonlez nous proviennent des relevés des foyers ou des ménages, et dans ce contexte il faut bien souligner que les expressions de « feu » et de « ménage » étaient utilisées des siècles durant, mais qu’à partir du 16e siècle elles n’avaient plus la  signification de « famille », elles ne désignaient plus qu’une estimation de redevances.

Le « Chasse-ménages de la prévoté de Bastogne dressé au mois de juillet 1469 » nous dit par exemple: « . . . en la ville de Sonlez y ait six maisons sur queles monsr ait hauteur et une doibt servir d’armes et de chevalz et une quy est gourgeoy et les autres sont taillables à monsr le ducq. » Monseigneur le Duc, c’était Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et il voulait savoir où il en était avec ses gens s’il devait partir en guerre ou percevoir des impôts.

Sonlez ne figurait qu’avec un seul ménage au relevé des foyers de 1501. A l’époque, le curé de  « Sinle oder Donkolz » s’appelait Clais, et en 1510 un certain Thil Goudeler de Berlé portait plainte contre cet homme d’église, car ce dernier l’avait excommunié en prétextant qu’il l’avait frappé. Mais Thil Goudeler niait avoir administré des coups au curé et contestait donc cette excommunication. Ce Clais n’était pas le premier curé de Sonlez, et nous ignorons tant le nom du premier curé que les origines exactes de la paroisse. Il est peu probable qu’une église St-Nicolas ait existé à Sonlez avant le XIe siècle, car ce n’est qu’à partir de ce moment-là que le culte de ce saint a commencé par s’étendre au diocèse de Liège, dont Sonlez faisait partie. Les habitants de Sonlez – tout comme ceux de Baschleiden, Boevange, Harlange et Surré – ont probalement dû se rendre à Boulaide pour assister à la messe, car une église paroissiale y existait depuis le 9e siècle. Par la suite, une église était construite entre Sonlez et Berlé, dont l’emplacement près du ruisseau de Sonlez s’appelle encore aujourd’hui « Alkiirch ». Nous ignorons également les détails concernant cette église.

Le relevé des foyers de 1525, 1528 et 1537 ne mentionne qu’un seul ménage pour Sonlez, mais en 1531 la paroisse, dont Doncols faisait également partie, devait payer 5 livres, 7 sols et 7 deniers d’impôt destiné aux églises.

Quant au droit de proposer un curé, il pouvait être acquis contre argent comptant, mais également par héritage ou échange. Certains habitants de Sonlez avaient ce droit, dont la famille  Schoellen, également mentionnée comme Scholley, Scheulen, Schulles, Schullé, Schuller et Chule. Ce n’est que le 21 avril 1725 que Catherine Muller-Hinkels de la maison  Scheullen à Sonlez transférait sa sixième part de la dîme de Sonlez, Doncols et Bras ainsi que sa part à la collation de  Sonlez aux Trinitaires de Bastogne, et le couvent renonçait en contrepartie à la rente héréditaire de quatre grands muids de grains qui pesait sur la maison Scheulen depuis le 29 juin 1440, il payait en plus 40 thaler.

Les postes de curé à Sonlez donnaient également lieu à des procès. Ce fut notamment le cas en  1617, lorsque suite à la vacance du poste suscitée par le décès de M. Lamborel, le curé Denis Ballex reçut le 3 octobre son approbation pour la paroisse St-Nicolas à Sonlez avec sa chapelle bénéficiant du quart de la dîme, après avoir été investi le 27 septembre par le curé-doyen de Bastogne, qui venait de prononcer un jugement d’après le droit canonique dans le procès opposant Ballex à son concurrent.

Quelques années plus tard, en 1623, le coutumier de la mairie de Doncols donne les détails suivants sur Sonlez: « A Sonlez sont comparsonniers de Doncol. Iy at deux maisons du dit fief ethaumes tenables pesquels se réglent comme iceux du dit Doncol et obéir un maveur du dit lieu lorsque le cas le requiert pour toute sorte d’exécution et à autres ordres d’un sieur Grand-Prévost d’Ardenne. »

Le curé de Sonlez officiait également dans la chapelle de Doncols. Le 9 août 1640, le curé de l’époque  J. Alexandre se plaignait auprès du Conseil provincial, car suite à la mortalité et aux guerres, certains habitants ne lui livraient pas la rente qui lui était due pour les messes dites à Doncols ; cette rente était de 18 setiers de seigle et d’avoine par an. La guerre de Trente Ans et la peste avaient fait baisser le nombre de foyers, et si Sonlez en comptait six en 1624, il n’y en avait plus que cinq en 1656 ; au cours de la même période, le nombre des foyers à Doncols passait de 23 à 13. La baisse se poursuivait encore à Sonlez : en 1659 il ne restait plus que quatre foyers, et en 1668 seulement deux, de sorte que les habitants de ce village, tout comme ceux de Grümelscheid, où la baisse était plus forte encore, faisaient savoir au Conseil provincial qu’ils se verraient contraints d’émigrer et de suivre ainsi l’exemple d’autres villageois. Car les charges qui n’étaient plus assumées par les émigrés écrasaient les habitants  restés dans la région.

Il est noté pour l’année 1636 que 111 Polonais, arrivés dans la région avec les troupes de Piccolomini, étaient morts de la peste à Sonlez et à Doncols, et que le curé Alexandre les aurait fait enterrer dans la « tombe des Polonais ». Cette même année, 57 villageois seraient morts de la peste, 34 encore l’année suivante. C’est un fait que les habitants se réfugiaient dans les forêts environnantes pour y attendre des temps meilleurs. Mais quand une partie d’entre eux retournait au village, ils ne s’établissaient plus sur la rive droite du ruisseau, où les cabanes existantes finissaient par tomber en ruines. On trouve encore aujourd’hui des restes de murs et de fontaines, et l’on peut en déduire que cette partie du village à droite du ruisseau était jadis la plus importante.

En dehors des différends liés aux messes, il y a eu d’autres incidents entre Sonlez et Doncols.  Jacques Nicolas de Beulieu, curé à Sonlez, se plaignait notamment en 1671 de ce qu’un habitant de Doncols l’avait menacé de mort, l’assiégeait au presbytère et l’empêchait d’exercer ses activités pastorales.  D’autres détails sur ce cas – qui était soumis au Conseil provincial – ne nous sont pas connus.  Ce qui est sûr, c’est que le curé Nicolas est resté au village jusqu’en 1689, car son successeur n’est arrivé que le 23 juillet 1689 : François Belche avait été présenté par le prieur de Ste-Catherine à Houffalize et Nicolas La Preille de Doncols, et le curé-doyen de Bastogne avait procédé à son investiture. En 1722 François Belche était en conflit avec le curé de Dünckrodt, Jacops Mathai, à cause de la « signature d’un contrat de mariage » dont nous ne connaissons pas les détails, et le notaire Gilles en dressait le procès-verbal. Mais en 1730 il devait également rappeler à ses paroissiens qu’il leur incombait de reconstruire le presbytère et ses dépendances qui étaient sur le point de s’écrouler.

En 1761, Sonlez avait un curé et un curé rival. Le 13 février, le curé-doyen de Bastogne et curé de Surré J.B. Corneli avait investi Paul Asselborn, vicaire à Bastogne, de la paroisse de Sonlez, avec la collation des Trinitaires de Bastogne. Son installation dans la paroisse de Sonlez devait avoir lieu le 24 du même mois, mais le desservant Jean Toussaint ne voulait pas lui remettre les clés de l’église, de sorte que Paul Asselborn ne pouvait toucher que la porte de l’église et les murs (« die Kirchtüre und die Mauern berühren »). Toussaint parvint à s’imposer, car son installation dans la paroisse a eu lieu le 26 mars, et une vingtaine de collateurs sont énumérés. Le curé-doyen Corneli s’y opposait, Asselborn portait plainte, et Toussaint restait néanmoins en place jusqu’en 1767.  Mais son vicaire Jean-Michel Léonard de Bras, qui exerçait ses fonctions à Sonlez depuis 1764, avait été administrateur depuis 1756.  Après la mort de Toussaint, ses biens avaient été saisis à l’instigation de son beau-frère, mais Léonard protestait contre cette décision. Lui-même devenait curé en 1768. Il connut une autre satisfaction en 1772, lorsque le Conseil provincial condamnait son adversaire Jean-Hubert Boursy de Doncols au paiement des frais de justice et d’une indemnité à Léonard pour réparer le préjudice subi par ce dernier.

Le bouleversement général initié par la Révolution française se fit également sentir à Sonlez. Le curé Jean-Michel Léonard refusait de prêter serment à la République et prenait la fuite. On raconte qu’il aurait dit la messe clandestinement dans sa maison paternelle à Bras. Suite au Concordat entre le pape Pie VII et Napoléon Ier, le clergé connut à nouveau des temps plus calmes et Léonard retournait à Sonlez, où il s’occupait à nouveau de la paroisse jusqu’en 1809. Le pouvoir féodal avait été aboli le 13 février 1796, et la dîme appartenait désormais au passé. Dans le cadre d’une restructuration communale, le village de Sonlez a été intégré à la commune de Winseler, où il forme une section avec Doncols. (Mentionnons à titre de curiosité qu’en mars 1942, un communiqué en provenance de Wiltz annonçait que l’occupant allemand avait érigé la section de Doncols-Sonlez en une commune autonome de droit allemand « selbstständigen Gemeinde deutschen Rechts erhoben »,  alors que la mairie se trouvait à Wiltz.)

Né le 22 octobre 1762 à Sonlez, Jean-Benoît Determe était l’un des premiers échevins de la commune de Winseler. L’exercice de cette fonction semble dû aux études supérieures qu’il a pu faire à Vienne grâce à l’appui de son oncle et parrain Jean-Baptiste Determe, et au fait qu’il parlait aussi bien l’allemand que le français. Il est mort le 1er juin 1833, sa veuve le 12 août 1855. Leur tombe commune a été préservée à Sonlez.  Notons également qu’en 1804, le maire Tock de Mecher avait fait la demande de rattacher Berlé  à la paroisse de Sonlez, et il basait cette demande sur le fait qu’on parlait « franzosisch » à Sonlez, ce qui permettrait aux habitants de Berlé d’apprendre cette langue. La demande est restée sans suites.

L’emploi du wallon – désigné à tort comme du français – disparaissait au fil du temps, car comme les villages de Doncols et de Sonlez, où cette langue était parlée, étaient détachés de la Belgique et rattachés à Winseler, leur population devait s’adapter à la langue pratiquée au Luxembourg, le « Lëtzebuergesch ». En outre, les villages étaient habités par des douaniers et des gendarmes.

Le chemin en direction de Tarchamps, qui tourne à droite au bout du village, rappelle la période vers 1830. Il porte le nom de « Um Kanal ». Le nom provient d’un canal qui devait relier la Meuse à la Moselle en passant par l’Oesling, et qui était construit entre Buret et Hoffelt. Mais la Révolution belge a mis un terme à ce projet, et si l’ouvrage n’a jamais été achevé, on en trouve néanmoins encore des vestiges, notamment un tunnel à moitié terminé près de Hoffelt. Quelques habitants de Sonlez participaient à la construction de ce canal, ils gagnaient dix sous par jour. Mais comme la distance était  grande entre leur village et le lieu de travail, ils ne rentraient qu’en fin de semaine. Ils habitaient tous la même rue, et cette rue a gardé la dénomination « Um Kanal » après la fin des travaux et jusqu’à nos jours.

Sonlez était jusqu’en 1872 le siège de la paroisse, qui comprenait entre 1803 et 1839  également la chapelle de Bras, mais cette dernière était finalement réattribuée à l’église de Wardin. Ensuite le siège de la paroisse était établi à Doncols. Mathias-Richard Elsen, curé de Sonlez, devenait curé à Doncols et occupait cette fonction jusqu’en 1875. A partir de 1912, le cimetière se trouvait au carrefour de Doncols-poteau, sur la route de Schleif. Le cimetière et l’église de Sonlez étaient fortement endommagés au cours de la bataille des Ardennes. Lors de l’élargissement de la route en 1959, le cimetière a été légèrement déplacé et réaménagé. Quelques pierres tombales particulièrement impressionnantes étaient érigées le long des murs d’enceinte et de l’église. Elles sont essentiellement en ardoise et présentent d‘intéressantes sculptures. Les curés Michel Lamborel, Jean Alexandre, François Belche, Jean Toussaint, Jean-Michel Léonard, Gilles-François Conté, Jean-Michel Frankart et Mathias-Richard Elsen ont trouvé leur dernière demeure au cimetière de Sonlez.

La création du corps des sapeurs-pompiers de Doncols-Sonlez en 1911 était un grand événement de l’histoire locale. Plusieurs incendies avaient fait des ravages dans le village. Ce fut notamment le cas le 20 novembre 1899, lorsque la maison d’habitation, la grange et les étables de l‘agriculteur  Jean Flammang devenaient la proie des flammes. Les dégâts se chiffraient à 300 francs, et ils n’étaient que partiellement couverts par l’assurance. Mais la décision de fonder un corps des sapeurs-pompiers était prise suite à l’incendie qui se déclarait le 24 novembre 1911 vers midi au moulin de Sonlez. Certes, les habitants de Sonlez et Doncols venaient prêter main-forte en acheminant l’eau de l’étang vers le moulin, mais ils ne pouvaient sauver la maison d’habitation. Du coup on décidait de fonder un corps des sapeurs-pompiers pour les deux localités. Le brigadier des  douanes Differding, domicilié au village, était le premier instructeur du corps qui était admis le 12 août 1912 dans la fédération nationale des sapeurs-pompiers. Jadis, on trouvait également une laiterie à Sonlez.

Tout comme le reste du pays, le village de Sonlez souffrait des répercussions de l’invasion allemande du 10 mai 1940 et de l’occupation du territoire. Tout ce qui  sonnait français ou wallon était traduit en allemand, les noms de lieux comme les noms de famille. Les noms originaux étaient bien évidemment réintroduits après la guerre. Mais avant la Libération définitive, la bataille des Ardennes exposait la population encore une fois à d’indicibles souffrances. Les travaux de reconstruction étaient entamés dès la fin des combats, et aujourd’hui Sonlez a retrouvé une nouvelle vie et le village est plus beau que jamais.  

Jean Baptiste Determe, plus tard de Terme

Jean Determe qui prit plus tard le prénom de Jean Baptiste et écrit son nom de Terme (sans lettres d’anoblissement connues) naquit à Sonlez le 26 octobre 1738, son parrain était Jean Theis de Doncols et sa marraine Anne-Marie Guillaume de Sonlez.  Il était le troisième enfant d’une famille modeste. Le père Paul Determe né à Watrange en 1700 était charron et petit cultivateur, la mère Marguerite Guillaume était née à Sonlez le 12.07.1706.

Très jeune Jean quittait son petit village de Sonlez pour chercher fortune à l’étranger et se dirigea vers l’Allemagne. D’après la tradition en famille un baron allemand l’aurait recueilli chez lui et lui aurait financé des études de même qu’à ses deux fils. Une inscription dans un de ses livres encore conservés le révèle comme étudiant à Rastatt en Bade.

Ce qui est certain, il arrive à Vienne en Autriche vers 1760 où il étudie la théologie à l’université et est ordonné prêtre le 17 avril 1762. La tradition en famille dit qu’il aurait célébré sa première messe par un requiem pour son bienfaiteur décédé entretemps.

Le 22 octobre de la même année il revenait à Sonlez pour être parrain, avec Suzanne Léonard de Bras, la marraine, de Jean Benoît Augustin Jérôme, troisième enfant de son frère Nicolas. Il sera encore quatre fois parrain, trois fois à Lutremange pour des enfants de sa sœur Marie-Jeanne Forman-Determe et à Sonlez pour le baptême d’une fille de son frère Nicolas (plusieurs fois en se faisant remplacer par son père ou son frère).

A Vienne l’archevêque confia au jeune prêtre, qui comme wallon était francophone, l’enseignement de la communauté française pour laquelle il traduisait en français un catéchisme en langue allemande. Bientôt l’Impératrice Maria Theresia le choisit pour confesseur de sa fille Marie Antoinette, future Reine de France et le nomma Aumônier de sa Majesté Impériale et Royale.

En 1770 l’Impératrice le proposa pour la place de chanoine au chapitre de la Cathédrale St. Etienne, où il fut installé le 15 avril 1770 en remplacement de Simon Ambrosius de Stock. La plupart des chanoines étaient des nobles. Quand en 1778 le Grand Chantre (Großkantor) de St. Etienne avait résigné, Maria Theresia le présenta au Cardinal pour cette dignité que briguaient plusieurs chanoines. De sa propre main elle écrivit au bord de la note qu’elle nommait à cette dignité de Terme, qu’elle « ne tenait pas compte de l’ancienneté, mais des mérites ».  Le Grand Chantre avait le droit aux ornements pontificaux, la crosse et la mitre.

De Terme était ainsi monté au rang des hauts dignitaires par l’estime que lui témoigna la souveraine et on peut admettre que le chanoine fréquentait la Cour et donnait des conseils à l’Impératrice. Inspiré par des livres religieux français de tendance janséniste, il voulait avec d’autres ecclésiastiques autrichiens des réformes à l’intérieur de l’église et plaidait pour la liberté religieuse. Quand Joseph II accédait au trône et qu’il décrétait des réformes, Jean Baptiste les approuvait pour la plupart, réformes dont beaucoup, surtout sur le plan liturgique, ne seront réalisées qu’au 20e siècle. Le contact avec des jansénistes à Paris et aux Pays-Bas attirait au prélat la malveillance du Cardinal Archevêque Migazzi et de la curie romaine, qui ne voulaient pas de réformes. La réconciliation de la « petite Eglise d’Utrecht » schismatique depuis 1723 avec l’Eglise catholique romaine lui tenait à cœur, mais le temps n’y était pas mûr. C’est seulement au 20e siècle qu’il y a eu un certain rapprochement.

L’Empereur Joseph II confia à de Terme, qui était déjà membre de l’Institut des pauvres depuis 1778, en 1786 la charge de Directeur supérieur des Instituts des pauvres de Vienne et de la Basse-Autriche, un emploi d’après ses propres mots « pénible, si rempli de désagréments » qu’il remplissait avec un zèle infatigable. Il occupait aussi la place de surveillant principal en matières religieuses des hôpitaux. Il avait sûrement souvent des entretiens avec l’Empereur et on pourrait supposer une certaine amitié entre ces personnes qui avaient presque le même âge, Joseph II étant né en 1741.

De Terme briguait encore la place de Doyen de St. Etienne en 1783 et celle de Prieur en 1785, mais sans succès.

Ayant déjà écrit son nom avec titre de noblesse, il s’était adjoint dès 1770 un blason avec la devise « terminus omnibus unus » que l’on peut voir sur les ex-libris de ses livres et sur son tableau peint en 1770 et conservé aujourd’hui au Musée d’Art et d’Histoire à Luxembourg. Il voulait peut-être montrer son égalité à certains ecclésiastiques nobles qui enviaient sa carrière.    

Jean Baptiste de Terme était rempli d’une forte affection pour ses parents. Il leur écrivait souvent (des lettres sont conservées) et leur envoyait de l’argent. Quelques années après le décès de sa mère en 1778, il prit son père chez lui pour lui assurer une agréable fin de vie. Paul Determe mourut à Vienne en 1785 à l’âge de 85 ans. Il est nommé dans l’acte de décès de la paroisse St. Etienne : «  der wohledlgeborene Hr. Paul de Terme ». Le prélat payait des études à plusieurs de ses neveux et cousins à Vienne. Malheureusement quelques-uns y sont morts pendant leur séjour. Néanmoins son neveu et filleul Jean Benoît Determe est devenu le premier maire de la Mairie de Doncols (il est mentionné « homme lettré ») sous le règne français, son neveu Jean Baptiste Forman maire à Villers-la-Bonne-Eau et son cousin Jean Paul Guillaume maire, ensuite notaire à Wiltz. Dès 1769 Jean Baptiste avait pris sa sœur cadette Catherine, à laquelle il avait payé des études au pensionnat des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Longwy, chez lui pour s’occuper de son foyer. Le messager Jean Chalmin originaire de Chaventenay, autour de Besançon, la conduisait en coche à Vienne.

La carrière extraordinaire de J.B. de Terme prit fin en pleine activité le 27 janvier 1787, il décéda d’une fièvre putride et fut enterré au cimetière St. Marx, aujourd’hui un parc public. Sa sœur Catherine restait à Vienne où elle mourut la même année le 8 mai. Les autres membres de la famille qui étaient encore à Vienne revenaient au pays avec quelques souvenirs qui existent encore, p.ex. un tableau du Prélat, un de Catherine et un du père, de nombreux livres et autres objets (quelques-uns disparus pendant l’offensive des Ardennes).

Malheureusement J.B. de Terme n’a rien publié de son vivant (à part des articles anonymes dans des revues ecclésiastiques) et sa nièce aurait brûlé tous ses écrits et correspondances à sa mort, de peur qu’elles ne tombent dans les mains de ses adversaires. Toutefois des lettres originales sont conservées par les héritiers et aussi au Rijksarchief à Utrecht.

Au cimetière de Sonlez sont préservées les croix tombales de Nicolas Determe, décédé en 1800, frère du prélat et de Anne Josèphe Henry, décédée en 1853, deuxième épouse de Jean Benoît Determe, neveu du prélat.  

 

Jean-Baptiste Determe a six frères et sœurs :

 

Jean, baptisé le 13 mars 1735, parrains Jean Guillaume de Doncols et Marie-Catherine Bovigny de Sonlez.

 

Nicolas, baptisé le 17 juin 1736, parrains Nicolas Guillaume de Sonlez et Marie-Anne Determe de Watrange.

 

Jean François, né et baptisé le 2 juillet 1741, parrains François Biver et Anne-Marie Toussaint de Vellereux

 

Jean Baptiste, né le 7 avril 1743, parrains Jean Feltus et Claudia le Meunier, tous deux de Sonlez.

Jeanne, baptisée le 30 novembre 1745, parrains Paul Schmitz de Sonlez et Jeanne Granghenry de Watrange.

 

Catherine, baptisée le 18 janvier 1748, parrains Michel Solbout de Lutremange et Catherine Léonard-Guillaume de Bras.

 

Pour une biographie plus détaillée du prélat J. B. de Terme :

Tholl M.T . & Tholl T. : Prälat Jean Baptiste de Terme aus Soller (édité par l’A.L.G.H. , Luxembourg, 2015-2016).